Perte d'emploi : comment faire le deuil de son travail et rebondir

13/02/2026

Perdre son emploi est l'une des épreuves les plus déstabilisantes de la vie professionnelle. Que ce soit un licenciement économique, une rupture conventionnelle ou une fin de contrat, cette perte d'emploi déclenche bien plus qu'une simple recherche de nouveau poste : c'est un véritable deuil professionnel qu'il faut traverser.

"Et toi, tu fais quoi dans la vie ?"

Cette question anodine. Celle qu'on pose lors des dîners, des apéros, des rencontres. Hier encore, vous répondiez sans hésiter. Aujourd'hui, vous bafouillez. Vous inventez un "Je suis en transition". Vous esquivez les regards.

Parce que perdre son travail, ce n'est pas juste perdre un salaire. C'est perdre une partie de soi. Une étiquette. Et personne ne vous tend de faire-part pour ce deuil.

Perte d'emploi : ce qu'on perd vraiment au-delà du salaire

Quand cette étiquette se décolle après un licenciement ou une perte d'emploi, c'est tout un univers qui s'effondre :

Un rôle. Celui qui vous donnait une place dans les conversations, une légitimité sociale. Sans lui, vous êtes comme un acteur sans texte, un personnage dont on a arraché le costume en plein milieu de la scène.

Une routine. Le réveil à 6h30, le trajet, les réunions qui rythmaient vos journées. Sans ce cadre, le temps s'étire, devient flou, angoissant. Les heures semblent vides, comme si vous aviez soudain perdu le fil d'une histoire que vous connaissiez par cœur.

Un miroir. "Je sers à quelque chose parce que je produis." Quand cette croyance s'effondre, c'est toute votre estime de soi qui vacille. Sans la validation externe du travail, vous vous demandez : "Qui suis-je, maintenant ?"

Le pire ? Personne ne comprend vraiment. Pas de rituel, pas de mots justes, pas de permission pour pleurer cette perte. Juste des "Tu vas rebondir !" qui résonnent comme des slogans creux quand vous avez l'impression de couler.

Quand le travail définissait votre identité

Pendant des années, votre travail a été bien plus qu'une activité. C'était un bouclier. Un rempart contre les doutes, les peurs, les questions existentielles.

"Je suis utile parce que je travaille." "Je compte parce que je produis." "Je mérite ma place parce que j'ai un titre."

Quand ce bouclier disparaît, vous vous sentez exposé. Vulnérable. Comme si on vous avait retiré une couche de peau, laissant vos insécurités à vif.

Les questions reviennent en boucle :

  • "Est-ce que je vais encore intéresser les gens sans mon titre ?"
  • "Est-ce que je mérite toujours ma place à table ?"
  • "Est-ce que je vais devenir invisible ?"

C'est là que le deuil devient le plus douloureux : vous ne pleurez pas seulement ce que vous avez perdu, mais aussi ce que vous craignez de ne plus être.

Licenciement et isolement : briser le silence

Dans notre société, le travail est un sujet de fierté, de conversation, de lien social. Après un licenciement ou une perte d'emploi, on se tait souvent. On évite les discussions, on invente des prétextes, on se retire peu à peu. Cet isolement après une perte d'emploi est fréquent mais dangereux.

Pourtant, ce silence est un piège. Il isole. Il renforce l'idée que vous avez quelque chose à cacher, alors qu'en réalité, vous traversez simplement une épreuve, une épreuve aussi légitime que n'importe quel autre deuil.

La première étape pour s'en sortir ? Briser ce silence.

En parler, même maladroitement. Dire "Je ne sais pas encore ce que je vais faire", "Ça me fait peur", "J'ai besoin de temps". Parce que c'est en nommant les choses qu'on commence à les apprivoiser.

Comment rebondir après une perte d'emploi : la renaissance professionnelle

Ce deuil, aussi douloureux soit-il, peut devenir un espace pour se demander :

  • "Qu'est-ce que je veux vraiment, maintenant que je ne suis plus défini par mon travail ?"
  • "Quelles parts de moi ai-je mises de côté pendant toutes ces années ?"
  • "Si je pouvais tout réinventer, à quoi ressemblerait ma vie ?"

Ce n'est pas une question de "rebondir". Ce mot sous-entend qu'il faut sauter vite, sans prendre le temps de respirer. C'est une question de renaissance. De se donner la permission de se réinventer, pas par obligation, mais par choix.

Peut-être que cette étiquette qui s'est décollée n'était qu'une peau morte, prête à tomber pour laisser place à quelque chose de plus authentique.

Les premières étapes pour se reconstruire après un licenciement

Pas besoin de grand plan. Juste de petits pas :

Écrire. "Qui suis-je, au-delà de mon travail ?" Trois mots. Cinq mots. Une phrase. L'important, c'est de commencer à vous redéfinir.

Bouger. Une marche, un cours de yoga, une activité manuelle. Retrouver le lien avec votre corps, qui, lui, n'a pas changé, même si tout le reste semble en mouvement.

Parler. À un ami, un proche, un professionnel. Dire à voix haute ce que vous ressentez. Parce que les mots, même imparfaits, ont le pouvoir de transformer l'invisible en quelque chose de tangible.

Expérimenter. Un atelier, une formation, un projet perso que vous avez toujours repoussé. Pas pour "trouver une solution", mais pour retrouver le goût de quelque chose.

Reconstruction professionnelle : accepter le changement d'identité

Voici ce que vous apprendrez en traversant cette épreuve : toutes nos étiquettes sont provisoires.

Le jour où cette étiquette se décolle, vous découvrez qu'en dessous, il y a toujours eu quelqu'un. Quelqu'un d'unique, de multidimensionnel, de capable. Quelqu'un qui mérite d'exister indépendamment de toute fonction.

Une fois que vous aurez survécu à la perte de cette étiquette, vous réaliserez qu'aucune étiquette future ne pourra plus définir entièrement qui vous êtes.

Peut-être que cette épreuve, aussi douloureuse soit-elle, est une chance : celle de vous choisir enfin.

Et vous, quelle étiquette portez-vous aujourd'hui ?

Est-ce qu'elle vous va encore… ou est-ce qu'elle commence à vous serrer un peu ?

Besoin d'accompagnement ? N'hésitez pas à consulter un psychologue du travail ou un coach en transition professionnelle. La réorientation professionnelle est un parcours qui se fait mieux lorsqu'il est accompagné.

Séverine Girerd

👉  En tant que professionnelle de l'accompagnement, je suis là pour vous aider à garder le cap.